Bus privé, de nuit, pour rejoindre Udagamandalam, rebaptisée Ootacamandum par les anglais, puis contractée en Ooty. Le voyage n'a rien de mémorable, 10 heures dans l'obscurité sur des routes en lacets, avec les passagers malades qui se penchent par la portière sans que le bus s'arrête, et toutes les joies du tourisme privé: les places avant réservées à prix d'or et indisponibles, la personne qui les avait louées qui fait un scandale et immobilise le véhicule pendant 1h30, l'agence qui s'en fiche parce qu'ils savent qu'elle a un avion à prendre et pas d'autre moyen de rejoindre Coimbatore avant le matin, au final elle prendra les places du fond et sera globalement moins malade que les deux personnes assises devant, le nez dans les effluves de diesel du moteur qui chauffe comme s'il allait fondre… Bon sang, l'un dans l'autre, ça aura mis plus de temps que le trajet en avion de Londres à Chennai. Ça m'aura au moins permis de discuter avec mon voisin, un jeune ingénieur très intéresssant, qui bosse pour Lafarge en Inde. Pour nous, en France, Lafarge ça évoque immédiatement les ciments, mais lui bosse pour la division "roofing", il est formateur itinérant: il connaît à fond toutes les spécifications techniques des matériaux Lafarge, et quand un chantier barbote, il va voir pourquoi ça n'avance pas, détecte les lacunes dans les connaissances techniques, et forme les ouvriers pour qu'ils puissent finir le boulot. Sa vision de l'Inde rejoint celle que je me suis formée au fil du temps: un potentiel d'amélioration énorme grâce à un investissement massif dans l'éducation, et à l'omniprésence de l'anglais qui est un terreau idéal pour les capitaux étrangers, en particulier nord-américains, mais un manque d'infrastructures, surtout au niveau du transport, qui rend les choses difficiles. C'est vrai que les trains et les bus circulent, et qu'on se déplace facilement, au moins dans le secteur que j'ai visité. Facilement, mais pas vite…
Ooty, perchée à 2400m d'altitude, est une ville importante, plus de 100.000 habitants. Il y fait encore plus frais qu'à Kodai, le lac est plus grand, il y a plein de randonnées à faire autour, et il y a même un hippodrome et un joli marché. En revanche, le centre-ville est insupportable, et je prends une chambre d'hôte dans une petite maison au bord du lac. Alors que je comptais redescendre mardi soir, je reste finalement jusqu'à jeudi soir, ce qui facilite la réservation de mon billet de train, et puis il fait tellement bon… Comme à Kodai, il y a énormément de chrétiens, ce qui s'explique sans doute par la population initiale, coloniale, de ces stations d'altitude conçues pour fuir les plaines caniculaires pendant les mois les plus chauds. Du coup, on me regarde bizarrement quand je visite les temples hindous, relativement peu nombreux et principalement dédiés à Muruga, vénéré ici comme "Arulmigu", le dieu de la montagne. En revanche, ces derniers sont très actifs, et j'assiste à un festival religieux pratiquement tous les soirs — avec processions, musiques, danses et offrandes. Les collines avoisinantes sont accueillantes, on y cultive le thé et l'eucalyptus. Je regrette juste de ne pas être meilleur cavalier: il y a plein de chevaux à louer pour 200 roupies de l'heure avec un guide ou 150 sans: on vous prête un cheval, et vous pouvez partir explorer les collines avoisinantes.
Plein de bonnes choses à manger, encore plus de tibétains, un très beau jardin botanique, des chauffeurs de taxi qui sentent l'odeur du sang — entendez par là, le début de la saison touristique — et se payent le luxe d'être à peu près 5 fois plus chers qu'à Chennai: mêmes causes, mêmes effets, ils sont globalement assez désouvré en attendant les vrais touristes d'avril et mai.




