Retour sur les DRM Sony. Quelques jours plus tard, ça sent le roussi pour la firme japonaise. L’histoire, qui n’était apparue que sur les radars de quelques spécialistes, a rapidement fait le tour de la blogosphère avant d’apparaître dans la presse grand public. La liste des disques incriminés a été dressée et mise à jour, ce qui a eu comme effet de bord de faire descendre en flammes les albums concernés dans les commentaires sur Amazon. Assez logiquement, la réaction la plus fréquente est l’appel au boycott, au grand dam des artistes qui la plupart du temps ne sont pas consultés par le distributeur.
L’intervention du président de Sony sur NPR, déclarant en substance “la plupart des gens ignorent ce qu’est un rootkit, pourquoi devraient-ils s’en soucier ?” n’a pas vraiment arrangé les choses. C’est vrai qu’à traiter ses clients comme des voleurs, autant les traiter d’ignares au passage pour détendre l’atmosphère.
Hier MacInTouch révélait qu’une application de même nature, mais à destination des Mac, était “disponible” sur les CD ainsi protégés, même si la plate-forme ne permet pas qu’ils soient installés automatiquement: il faut que l’utilisateur explore le CD et décide d’installer l’extension, ce qui demande le passage en mode administrateur, donc la saisie du mot de passe…
Mark Russinovich, qui avait découvert le pot aux roses, a continué à explorer les risques posés par ce rootkit et documenté le processus de désinstallation proposé par Sony, une sorte de parcours du combattant en 3 étapes à reproduire pour chaque machine infectée. Pour couronner le tout, le remède proposé est susceptible de crasher le système. Il conclut:
Sony doesn’t want customers to know that there’s DRM software installed on their computers and doesn’t want them to uninstall it if they somehow discover it. Without exaggeration I can say that I’ve analyzed virulent forms of spyware/adware that provide more straightforward means of uninstall.
Évidemment, l’histoire ne s’arrête pas là. Très vite, les hackers ont trouvé le moyen d’utiliser à leur profit la prodigalité du système de furtivité intégré au rootkit (il masque tous les exécutables dont le nom commence par $sys$). D’abord pour tricher à World Of Warcraft, en dissimulant les programmes illicites aux yeux vigilants des programmes sentinelles de Blizzard.
Puis pour masquer des attaques virales, contournant ainsi la protection des anti-virus.
À ce stade, même Microsoft se dit concerné et envisage de prendre des mesures pour protéger ses utilisateurs, alors que la plupart des éditeurs d’antivirus ajoutent le programme de Sony à leur hitlist, ou envisagent sérieusement cette option. L’État de Californie engage une action collective en justice contre Sony, une autre est attendue dans l’État de New York et de nombreux pays commencent à fourbir leurs armes. En Californie, la plainte accuse Sony d’avoir endommagé certains ordinateurs, de ne pas avoir suffisament informé l’utilisateur sur les conséquences de l’installation du logiciel, d’avoir utilisé des pratiques commerciales frauduleuses et des mesures technologiques furtives considérées comme néfastes au consommateur. Pour finir, l’EFF envisage aussi une action en justice, et recherche des témoignages d’utilisateurs affectés par les DRM Sony. Pendant ce temps, les utilisateurs de Mac et de Linux peuvent utiliser ces CD sans même se rendre compte qu’ils sont protégés, et il m’a fallu moins de 40 secondes pour trouver l’album de Van Zant sur un réseau P2P.
Alors terminons sur une note optimiste: si ça se trouve, ce gros fiasco pourrait bien être ce qui est arrivé de mieux, sur le front des droits des consommateurs vis-à-vis des distributeurs de médias et de la technologie, ces dernières années. Quelques procès bien saignants pourraient d’une part alerter l’opinion publique sur la grande offensive menée contre eux à grands coups de technologies soit-disant destinées à combattre le piratage, et d’autre part inciter les industriels à ré-évaluer leur stratégie dans ce domaine.