Polaris

Samedi 15 avril 2006

Contrat

Classé dans : En Vrac — polaris @ 6:14

Non, ce titre n'annonce pas que j'ai mis à prix la tête de ces deux-là, quoique, j'ai hésité: "on attend des jumeaux", c'est un peu limite comme poisson d'avril. Toutefois, bonheur, joie, allégresse, j'ai une proposition de contrat, une vraie, pas un CPE, et je vais sans doute l'accepter assez rapidement. Tiens, il y a une semaine, j'étais à l'aéroport. Retour sur une semaine shootée aux stéroïdes.

8 avril, 02:30. Ça veut dire du matin. La maison est vide, j'ai donné des tas de chose à ma femme de ménage, il reste un frigo, 2 ventilateurs et quelques meubles, que Siva se chargera de revendre. Je fais un dernier tour pour vérifier, je prends l'indispensable bouteille d'eau et je monte dans mon taxi. Entre les choses que je voulais absolument ramener et les cadeaux de dernière minutes de tous mes voisins, ma valise est très lourde, mais je ne sais pas encore à quel point. Je le découvre à l'aéroport, 8 kg d'excédents de bagage, et encore, j'en ai escamoté au moins autant dans mon bagage à main. Message subliminal à ceux qui ont deux sacs de plus au retour qu'à l'aller: les compagnies aériennes saignent impitoyablement les contrevenants, surtout en ces temps de pétrole à 70$ le baril: 24 euros par kilo supplémentaire. Message en clair pour ceux qui n'auraient pas compris: prenez une malle. Vraiment. Il y a des tas de cinémas et de petits restaurants qui sauront vous soutirez ce bon argent de manière bien plus agréable.

 8 avril, 06:30. L'avion décolle avec 1 heure de retard, le temps qu'il a fallu pour faire fonctionner les petits écrans individuels qui permettent de voir des films ou, comble du divertissement aéronautique, la mappemonde avec le trajet de l'avion, l'altitude (très haute), la température extérieure (très très basse) et le temps restant jusqu'à la destination (c'est encore loin grand schtroumpf ? non, plus très loin). Le tout en anglais et en tamoul. À se demander comment on faisait pour passer 10 heures dans les airs quand on était privé de ces informations absolument vitales. Je suis au fond de l'avion, c'est bruyant, ça bouge, et je n'ai bien sûr ni le hublot ni l'accès au couloir. Coup de bol, mon voisin de gauche est éditeur et bavard, ce qui aide à passer le temps. Il édite l'album annuel pour une école secondaire, il m'en laisse même un exemplaire. Donne mon frère, j'ai déjà payé…

8 avril, 12:30. Au terme de la plus longue matinée de ma vie (il est 17h à Chennai), j'atterris à Heathrow, au milieu d'un ballet savament orchestré: notre avion fait deux boucles pour s'insérer dans le trafic, et quand on arrive en bout de piste, on voit distinctement les trois avions suivants, en approche à 45 secondes d'intervalle — la fameuse "Heathrow minute". La sécurité n'est pas devenue moins ridicule depuis l'aller: on enlève ses chaussures, on démonte la batterie du portable, si ça se trouve la prochaine fois il y aura un dentiste pour sonder mes plombages. Le vol pour Paris décolle depuis la porte la plus éloignée du terminal, et sera discrètement retardé d'1h30. Si j'avais su, j'aurais pris le temps de manger.

8 avril, 18:00. Ne réglez pas vos montres, c'est l'heure de Paris. Un ami me récupère à Roissy. Tout est atrocement cher, le  prix du ticket de parking — que je ne paye pas, parce que mon ami a la classe — dépasse largement le tarif de ma chambre d'hotel à Ooty, petit déjeuner compris. Par contre tout est beau. Propre. Ordonné. Calme. Sur la route impeccablement plate, les voitures glissent sereinement entre les lignes pointillées, maintenues sur une trajectoire rectiligne par quelque force invisible. Des panneaux immaculés indiquent les directions à suivre. L'air est respirable, il fait frais. Indochine égorge le chat. Pas de doute, c'est la France. On passe une soirée tranquille et agréable, train de banlieue, métro, un petit restaurant japonais pas loin du Moulin Rouge. Je m'écrase avec bonheur dans le canapé convertible après une journée de 27h.

9 avril, 07:00, on the road again, direction Toulouse en TGV. J'ai un peu honte de priver mon hôte et sa future épouse de leur grasse mat' dominicale, mon train est à 8h10. Si vous me lisez, pardon, pardon, je culpabilise tous les matins en me levant, surtout pour "lui", parce que "elle", elle est restée dormir, quand même. Paris, un dimanche matin, par beau temps, c'est tout simplement splendide. Le soleil rasant accroche les vieilles façades et éclate sur les immeubles de verre, les rues sont désertes, seules les boulangeries résistent à la léthargie ambiante et ponctuent les trottoirs gris de leurs enseignes dorées. Vivement le train que je dorme, quand même.

Le TGV s'arrête au Futuroscope. Note pour plus tard: visiter le Futuroscope.
9 avril, 13:30. 3, 2, 1, impact. Ça c'est ma meilleure moitié qui vient de me sauter dans les bras. J'ai quitté Chennai depuis 34h et des poussières. C'était long, mais ça valait le déplacement. On mange dans un petit restaurant près de la gare, j'ai oublié le nom, mais Cabrel et Becaud ont laissé des autographes, alors ça doit être rudement bien. Dans l'après-midi, on fait un bout de reconnaissance du côté de mon rendez-vous de demain. Mes filles m'attendent chez les grands-parents. La grande parle comme un mange-disque, la petite marche pratiquement, je prends les trois derniers mois en pleine face comme si quelqu'un avait attendu mon retour pour lacher un élastique géant. Tonique.

10 avril, 14:00. L'heure H. J'ai combattu le stress toute la matinée en bachotant des bouquins techniques. L'entretien se passe très bien, et n'a évidemment rien de technique. Contrairement à ce qui se passe en Inde et dans la plupart des pays anglo-saxons, ici, on ne me demande pas d'écrire du code pendant l'interview. Réponse en fin de semaine. Je passe les jours qui suivent à rebondir de chez mes beaux-parents à chez moi, puis chez mes parents, et retour. Le week-end de Pâques approche, ce qui devrait aider à stabiliser cette dangereuse oscillation… chez mes beaux-parents. Amis montpelliérains, tranquillisez-vous, je reviens bientôt avec encore plus de bonnes raisons de boire un canon. En effet…

14 avril, 15:00. Téléphone, juste au moment où j'allais commencer à me sentir nerveux. La responsable du personnel me fait une offre par téléphone, la version écrite suit quelques minutes plus tard par mail. Si on compte les primes, on n'est vraiment pas loin de ce que je demandais, et il y a des bonus: ce n'est pas Paris, ce n'est pas une SSII, et je vais me servir de ce que j'ai appris en thèse. Où que vous soyez, préparez-vous à boire un coup à ma santé, parce que ça va se signer bientôt.

Mercredi 5 avril 2006

Ça bouge

Classé dans : En Vrac — polaris @ 22:50

Je vais jeter un voile pudique sur le voyage de retour. Non ? Bon, d’accord, en bref alors. Ça commençait bien, avec un petit train touristique à vapeur pour redescendre de la montagne tranquillement, joli comme tout, mais une fois en bas, c’est le retour dans la moiteur tiède et la pollution — hop, une bronchite — suivi d’une nuit méméorable, mais pas dans le bon sens, dans un train bondé, et pas seulement d’honnêtes citoyens indiens, en plus des touristes, on avait aussi les passagers clandestins, souris sur les banquettes, cafards qui rentrent par la fenêtre — et ressortent par le même chemin, parce que bon, faut pas charrier — les vendeurs de chips, de thé, de thalis et autres choses à manger et à boire qui font des opérations commandos quand le train s’arrête en gare, en allumant les lumière et en scandant leur marchandise façon plagiste à Palavas, au début j’ai un peu regretté de ne pas avoir pris un billet en première classe climatisée, mais en fait, à voir la tête des wagons, je ne suis pas sûr que ce soit tellement différent.

Bon, du coup je me retrouve à Chennai à 5h du matin, je prends un bus et je m’écrase chez moi. Il fait chaud ! Après la fraicheur des collines, il me faudra quelques jours pour me ré-accoutumer. Pendant ce temps, le premier avril passe, et on peut dire qu’il y en a qui ont le chic pour annoncer les bonnes nouvelles le mauvais jour. Par exemple celui-ci, ou encore ces deux-là… Donc voilà, notre tête de pont à Chennai rajoute un diplôme à sa collec’, et les tourtereaux brésiliens nous font des jumeaux. Je vous jure, y’a plus de saisons…

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