Polaris

Lundi 20 mars 2006

Train de nuit

Classé dans : Inde, Tourisme — polaris @ 17:31

Le train, en France, c’est devenu facile. La plupart du temps, pour un petit trajet, on va à la gare, on interroge un guichet électronique, qui nous donne une place sur le premier train en partance pour la destination voulue, on monte dans le train, on attend un peu, on descend du train, ça y est. En Inde c’est presque pareil, mais pas tout à fait. Bien décidé à faire un peu de tourisme avant de rentrer à la maison, je me pointe au centre de réservation de mon quartier à 8h histoire de prendre un billet vers Trichy (de son petit nom Tiruchirappalli) où commence mon micro-périple indien.

Première surprise (haha), il y a du monde, plein. Ceux qui entrent prennent un bulletin à remplir, y inscrivent quelques informations, et s’insèrent dans la file d’attente. J’avise un terminal électronique, et je rêve un instant de pouvoir prendre mon billet avec ma carte bleue, comme à la maison, pendant que ceux qui n’ont pas reçu la bénédiction de la Holy Credit Card attendent leur tour. Pas du tout. Le terminal, qui ressemble à un minitel monté dans un kiosque, permet de savoir ce qu’il reste comme place dans un train en fonction de son numéro. De son numéro ? Bigre, et je le trouve où, moi, le numéro ? J’ai brièvement la tentation de me tourner vers un guichetier, tentation vite étouffée par la perspective de devoir passer dans cette file d’attente plus d’une fois. Je cherche un panneau d’affichage, que je finis par trouver, qui indique la liste des trains, avec leur numéro, la ville d’origine, la destination et les escales. Je fais une liste des trains qui couvrent Chennai/Trichy le lundi, et je retourne au minitel. Deuxième surprise (hahaha), les trains sont bondés, j’en essaye 3 ou 4 avant d’en trouver un qui ne soit pas archi-plein pour les 3 jours qui viennent. Pour chaque type de classe (trois catégories, plus les wagons climatisés), la borne indique le nombre de sièges disponibles, “Waiting List” si le train est complet, et la date pour laquelle des places sont disponibles si le train est complet et que la liste d’attente est pleine. Chennai/Trichy en première classe climatisée, c’est 425 roupies, pour un peu moins de 200 km, c’est presque européen comme prix. Je me prends une couchette en deuxième classe sans clim (il reste 4 places), j’attrape un bulletin, je m’insère dans la file et je commence à le remplir. Oui, tant qu’à avoir fait des études, autant que ça serve: j’optimise l’algo.

En parlant d’algorithme, il y a un vrai problème avec leur méthode de choix des places: s’il y a dans cette file plus de 3 personnes qui ont choisi la même chose que moi, je vais être bien embêté. Sans compter toutes les autres files d’attente dans tous les autres centres de réservation. Vu qu’au final je ne peux pas y faire grand chose, je reporte mon attention sur le bulletin. Nom, age, sexe, but du voyage, en plus des informations sur le train et le type de siège, ça tourne à l’interrogatoire sur papier. Pendant ce temps, la file d’attente avance tranquillement. C’est tout un poème à elle toute seule: une file en S, normale, mais assise. Il y a trois rangées de sièges, et quand le premier se libère, tout le monde se décale d’une place. Je suis persuadé que c’est plus fatiguant de se lever et de s’asseoir sans arrêt que de rester debout en attendant, mais ici, il faut être assis sur son siège pour exister, ergo je m’assieds. Une petite demi-heure d’attente, le guichetier me demande en anglo-tamoul si je suis marié, vérifie qu’il reste des places et me donne mon billet pour ce soir: 166 roupies, donc un peu plus de 3 euros. En route pour la joie.

Le soir, mon barda sur le dos, je m’apprête à prendre un autorickshaw, quand je me rends compte que pour m’amener à la gare, qui se trouve assez loin au nord, dans le quartier d’Egmore, il va me demander au moins 80 roupies, et ça c’est si j’arrive à négocier comme un requin. Qu’à cela ne tienne, je tente le bus. 3 roupies. Imbattable. Bon, par contre, en partant à 19h30, je tombe dans les gros embouteillages de fin de journée, et quand je pénètre enfin dans la gare, l’heure affichée en caractères rouges et lumineux pointe sur moi son doigt accusateur: 20:29:58. Je me vois déjà courir derrière mon train pour essayer d’attraper la dernière voiture au bout du quai, mais le panneau d’affichage, bienveillant, vient à mon secour: le train est retardé d’une heure, un coup de chance dont j’ai tellement l’habitude que je me demande pourquoi je m’étonne encore. En fait, il faudrait vérifier, mais je crois que je n’ai jamais manqué que des trains que je ne voulais pas prendre. Bref, du coup j’ai le temps d’aller manger un bout dans un troquet en face de la gare.

Une fois restauré, je retourne à la gare et je passe le contrôle de sécurité — deux policiers, portail détecteur de métaux, vérification du billet et du passeport — pour accéder aux trains. Il faudra que je demande si c’est toujours comme ça ou si c’est en réaction aux récents attentats de Bénarès — dont je crois qu’on a pratiquemet pas parlé en France. Sur le quai, je vois les fameuses listes d’attente: les contrôleurs affichent les noms de ceux qui seront autorisés à monter dans le train, pour les autres, c’est sympa d’être venu, repassez demain. Le train ressemble aux bus: cabossé, patiné par les ans, peint et repeint jusqu’à ressembler à un jouet en fer-blanc, fonctionnel, et ne passerait sans doute pas un contrôle technique en règle. À l’intérieur, c’est spartiate et relativement propre. Pour vous faire une idée de la disposition, prenez nos trains couchettes, virez la cloison qui sépare les compartiments du couloir, mettez 6 couchettes par compartiment (3 de chaque côté), et rajoutez 2 couchettes dans le couloir en face de chaque compartiment — au-dessus et en dessous de la fenêtre. Donc c’est un peu tassé, mais les poulets ne courent pas entre les chèvres et les fagots de canne à sucre, contrairement à ce qe j’avais pu entendre. En fait, le train n’est pas bondé du tout. Le taux de remplissage est même assez affligeant: dans mon compartiment, il n’y a que deux passagères, trois si on compte celle du couloir. Je suppose que certains passagers ont dû se tasser dans un autre train pour ne pas attendre une heure. Dans le wagon, il y a principalement des femmes, seules ou avec leurs bébés, et des vieillards. À plus de trente balais, le système de classification a dû me ranger dans la catégorie vieillard.

Le train démarre vers 22h00. Une de mes voisines s’arrête au même endroit que moi, ce qui nous rassure tous les deux. Le voyage se passe sans encombre, le vrombissement des ventilateurs forme un cocon protecteur, et la couchette, bien qu’étroite, est plus confortable que le matelas sur lequel je dors d’habitude. Je ne profite pas beaucoup du paysage, la nuit est sombre et la fenêtre basse. J’arrive vers 5h00 à Trichy. 7h pour faire 200 km, ça laisse rêveur…

2 commentaires »

  1. Quand on a aussi peu de respect pour ce que vivent les gens, il faut rester chez soi !
    J’ai fait un voyage similaire, en Inde du Sud…
    Votre vision m’écoeure.

    Commentaire par griBouy — Jeudi 23 juillet 2009 @ 21:56 | Répondre

  2. Oui, mais c’est la mienne et je la partage. La vôtre est la bienvenue, si vous pouvez la formuler autrement que par la négation.

    Commentaire par polaris — Vendredi 24 juillet 2009 @ 0:25 | Répondre


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