Ce titre énigmatique, à la signification inconnue, est en fait celui d’un film tamoul qu’on est allé voir mardi avec Madeleine et Hadrien. À part les films proposés, un cinéma à Chennai ressemble assez à un cinéma de chez nous… de loin. Bon, en fait pas du tout. Comme l’ensemble de l’industrie de service, le cinéma n’a pas été trop touché par la compression de personnel. Il y a des hordes de guichetiers, d’agents de sécurité (avec un tableau d’honneur pour les plus efficaces, ceux qui choppent les fraudeurs, les revendeurs de places au black et les tripoteurs), d’ouvreuses qui vous amènent à votre place avec une lampe (oui parce qu’on ne s’assied pas n’importe où, les tickets portent les numéros des places). Dans la salle où nous atterissons, deux catégories de prix, “Elite” pour 50 roupies, qui sont des fauteuils standards, spacieux mais qui ont sans doute fait la guerre de Corée tellement ils sont morts et “Premium”, pour 70 roupies, qui sont des super sièges luxueux (paraît-il) pour deux personnes, à l’étage (et donc à l’abri des regards). Comme on est dans les “Elite”, on se retrouve à attendre au milieu d’une foule exclusivement masculine, le concept de sortir au cinéma à 22h00 seule ou entre copines ayant encore du chemin à faire dans la société indienne.
On finit par entrer dans la salle, comme on a pris nos places assez en avance on se retrouve au fond, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose vu le volume sonore: déjà intéressant dans les scènes de dialogue, il devient assez vite inquiétant dans les passages musicaux. À noter qu’on a choisi le film principalement à la couleur de l’affiche, que je ne connais pas le titre (il était écrit en Tamoul) et qu’évidemment on ne comprend pratiquement rien aux dialogues puisque c’est du Tamoul sans sous-titres. Bon, c’est quand même du Tamoul de Chennai, tout tricoté de mots et d’expressions en anglais (“Yes sir”, “Will you please shut up”), ce qui aide un peu mais bof. Je vais tenter un vague aperçu de l’intrigue, quand même, et je vous conseille un passage sur le blog d’Hadrien, qui a sans doute compris plus de trucs que moi, ou pas les mêmes, enfin vous verrez.
C’est donc l’histoire d’une lycéenne (Kanma Jethmanali dans son premier rôle) têtue, aguicheuse et rebelle (elle mâche du chewing gum). Sa mère, dont le nom m’échappe, a un job haut placé (sans doute au gouvernement), elle semble être en cheville avec le chef de la police, Prakash, et elle l’élève de manière sévère (elle lui mets les doigts dans la bouche pour lui arracher son chewing gum, et quelques baffes de temps à autres). Par défi, Kanma demande à sa copine de faire des photos coquines la mettant en scène (on voit un bout de décolleté, vous inquiétez pas) et les envoie à une adresse au hasard (entré par une colombe providentielle qui joue sur le clavier), T.Mahesh. Mais le Mahesh en question existe bien, c’est le héros, Jayam Ravi, cuistot, motard et super sayen à ses heures. Apprenant je ne sais pas trop comment que Mahesh a des photos “obscènes” de sa fille, la mère met le chef de la police sur le coup, et Mahesh se retrouve dans de sales draps (il y a des scènes d’interrogatoire avec Mahesh torse nu, entouré de policiers patibulaires (mais presque), dont certains brandissent des matraques, qui me font penser que la notion de respect des droits du prévenu pendant la garde à vue ont encore du chemin à faire dans la société indienne). C’est alors que Kanma est enlevée par les hommes d’un tueur sinistre (il a un effet musical rien que pour lui quand il est à l’écran), qui la déposent chez les parents de Mahesh (apparemment en cheville avec la mafia, quoique, c’est peut-être juste une coïncidence). Évidemment quand la police la retrouve, ça n’arrange pas les affaires de Mahesh. Mais comme c’est un type optimiste, il se dit que toutes ces coïncidences sont le signe du destin, et que Kanma (qui flirte avec tout ce qui traîne, du jeune blaireau Krishna avec sa tête de messie au chef de la police qui semble pourtant proche de sa mère) Kanma donc, lui est destinée. La première partie s’achève alors qu’il semble décidé à la conquérir, et bon, quand même, on est pas restés après l’entracte, il ne faut pas abuser des bonnes choses.
L’un dans l’autre, ce film était assez réjouissant. C’est plein d’humour potache, ça se prend assez peu au sérieux, le héros dégouline de testostérone et la caméra se balade d’un bout à l’autre d’un Chennai idéal, plus propre, plus riche et moins bruyant, avec des maisons spacieuse meublèes à l’occidentale, de grandes avenues vides et les centres commerciaux les plus luxueux en point de mire. Sur 1h30 de film, on a eu droit à deux scènes de baston massives (genre film de kung-fu avec des bruitages énormes à chaque impact), deux scènes chantées (une pour présenter les personnages et l’autre, dans les alpes autrichiennes, quand Mahesh se rend compte qu’il est amoureux; oui, ici, le paysage alpin ça symbolise l’amour) et un duel au couteau. Quand même, je vous raconte le duel au couteau. Mahesh se balade avec un trophée d’une compétition de tir, dont je ne sais pas très bien s’il l’a gagné ou s’il l’a piqué au chef de la police, trophée qu’il a attaché sur le réservoir de sa moto, et comme il fait 80 cm de haut, ça ne passe pas inaperçu. Évidemment, tout le monde veut lui chaparder sn gros trophée, entre autres Krishna, dit “Jesus-Krishna”, une des belles gueules de l’école. À un moment, ça dégénère en duel au couteau, avec les deux jeunes coqs qui s’affrontent apparemment au premier sang, et les groopies qui font un cercle autour. Krishna a l’air doué, et il fait plusieurs estafilades dans le t-shirt de Mahesh, alors que ce dernier semble gesticuler pour rien. Mais soudain Krishna s’arrête, médusé, soulève son t-shirt intact et découvre plusieurs blessures. Mahesh, triomphant, enlève son t-shirt percé mais immaculé, passe le pouce sur son torse à l’endroit où devraient se trouver les blessures pour montrer qu’il n’a rien, récupère son trophée et part sur sa Honda, toujours torse nu. Il faut le voir pour le croire.
Donc, si un de mes seuls véritables amis (en fait, je pense surtout à Arnaud) peut voir sur le dos de la mule si ça se trouve, et si possible avec des sous-titres compréhensibles, je pense qu’il y a moyen de passer une bonne soirée avec ça. Sinon j’essaierai de trouver le DVD à sa sortie.




