Polaris

Dimanche 19 février 2006

Black Out

Classé dans : En Vrac — polaris @ 16:20

Hier, 8 heures sans électricité. J’avais déjà eu des coupures, je savais que ça pouvait arriver. Des fois, on a 15 minutes de panne la nuit, le ventilateur s’arrête et les moustiques en profitent — oui, le ventilateur est l’arme ultime contre les moustiques. Puis le ventilateur revient, et tout rentre dans l’ordre. Mais 8 heures… même en Afrique c’était pas courant. Pour ceux qui n’ont pas connu, un bref rappel de tout ce que ça implique, ici:

  • plus de ventilateur, plus de prise anti-moustiques, retour à la bonne vieille guerilla au corps à corps avec ces femelles prêtes à tout pour vous vampiriser
  • plus de bouilloire électrique, plus de cuit-riz, en l’absence de casserole ça veut dire pas de thé, pas de porridge, et pour un samedi matin, c’est pas glop
  • plus de pompe pour remplir la citerne; quand vous faites partie de ceux qui remplissent la citerne le matin, ben c’est fini pour l’eau du robinet
  • plus de connexion internet: le cable est toujours là, et le laptop peut tourner une paire d’heures sur sa batterie, mais de toutes façons le modem n’est plus alimenté
  • quand on fait partie des gens qui ne vérifient pas régulièrement si le téléphone portable est chargé, il est déchargé pile à ce moment là
  • conséquence du précédent, si vous débarquez chez un pote au hasard, c’est à l’improviste et vous pourrissez son groove de journée sous la couette, ce qui résulte logiquement en une expulsion aussi souriante que ferme; note qu’avec un téléphone, il vous aurait viré aussi, mais ça vous aurait économisé le trajet
  • le meilleur pour la fin: le frigo capote… c’est pas grave, c’est toujours une bonne armoire étanche pour protéger la nourriture contre les fourmis, mais ça relativise l’intérêt du congélateur et la confiance que vous pouvez avoir dans la chaine du froid

Vendredi 17 février 2006

Idhaya Thirudan

Classé dans : En Vrac — polaris @ 14:25

Ce titre énigmatique, à la signification inconnue, est en fait celui d’un film tamoul qu’on est allé voir mardi avec Madeleine et Hadrien. À part les films proposés, un cinéma à Chennai ressemble assez à un cinéma de chez nous… de loin. Bon, en fait pas du tout. Comme l’ensemble de l’industrie de service, le cinéma n’a pas été trop touché par la compression de personnel. Il y a des hordes de guichetiers, d’agents de sécurité (avec un tableau d’honneur pour les plus efficaces, ceux qui choppent les fraudeurs, les revendeurs de places au black et les tripoteurs), d’ouvreuses qui vous amènent à votre place avec une lampe (oui parce qu’on ne s’assied pas n’importe où, les tickets portent les numéros des places). Dans la salle où nous atterissons, deux catégories de prix, “Elite” pour 50 roupies, qui sont des fauteuils standards, spacieux mais qui ont sans doute fait la guerre de Corée tellement ils sont morts et “Premium”, pour 70 roupies, qui sont des super sièges luxueux (paraît-il) pour deux personnes, à l’étage (et donc à l’abri des regards). Comme on est dans les “Elite”, on se retrouve à attendre au milieu d’une foule exclusivement masculine, le concept de sortir au cinéma à 22h00 seule ou entre copines ayant encore du chemin à faire dans la société indienne.

On finit par entrer dans la salle, comme on a pris nos places assez en avance on se retrouve au fond, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose vu le volume sonore: déjà intéressant dans les scènes de dialogue, il devient assez vite inquiétant dans les passages musicaux. À noter qu’on a choisi le film principalement à la couleur de l’affiche, que je ne connais pas le titre (il était écrit en Tamoul) et qu’évidemment on ne comprend pratiquement rien aux dialogues puisque c’est du Tamoul sans sous-titres. Bon, c’est quand même du Tamoul de Chennai, tout tricoté de mots et d’expressions en anglais (“Yes sir”, “Will you please shut up”), ce qui aide un peu mais bof. Je vais tenter un vague aperçu de l’intrigue, quand même, et je vous conseille un passage sur le blog d’Hadrien, qui a sans doute compris plus de trucs que moi, ou pas les mêmes, enfin vous verrez.

C’est donc l’histoire d’une lycéenne (Kanma Jethmanali dans son premier rôle) têtue, aguicheuse et rebelle (elle mâche du chewing gum). Sa mère, dont le nom m’échappe, a un job haut placé (sans doute au gouvernement), elle semble être en cheville avec le chef de la police, Prakash, et elle l’élève de manière sévère (elle lui mets les doigts dans la bouche pour lui arracher son chewing gum, et quelques baffes de temps à autres). Par défi, Kanma demande à sa copine de faire des photos coquines la mettant en scène (on voit un bout de décolleté, vous inquiétez pas) et les envoie à une adresse au hasard (entré par une colombe providentielle qui joue sur le clavier), T.Mahesh. Mais le Mahesh en question existe bien, c’est le héros, Jayam Ravi, cuistot, motard et super sayen à ses heures. Apprenant je ne sais pas trop comment que Mahesh a des photos “obscènes” de sa fille, la mère met le chef de la police sur le coup, et Mahesh se retrouve dans de sales draps (il y a des scènes d’interrogatoire avec Mahesh torse nu, entouré de policiers patibulaires (mais presque), dont certains brandissent des matraques, qui me font penser que la notion de respect des droits du prévenu pendant la garde à vue ont encore du chemin à faire dans la société indienne). C’est alors que Kanma est enlevée par les hommes d’un tueur sinistre (il a un effet musical rien que pour lui quand il est à l’écran), qui la déposent chez les parents de Mahesh (apparemment en cheville avec la mafia, quoique, c’est peut-être juste une coïncidence). Évidemment quand la police la retrouve, ça n’arrange pas les affaires de Mahesh. Mais comme c’est un type optimiste, il se dit que toutes ces coïncidences sont le signe du destin, et que Kanma (qui flirte avec tout ce qui traîne, du jeune blaireau Krishna avec sa tête de messie au chef de la police qui semble pourtant proche de sa mère) Kanma donc, lui est destinée. La première partie s’achève alors qu’il semble décidé à la conquérir, et bon, quand même, on est pas restés après l’entracte, il ne faut pas abuser des bonnes choses.

L’un dans l’autre, ce film était assez réjouissant. C’est plein d’humour potache, ça se prend assez peu au sérieux, le héros dégouline de testostérone et la caméra se balade d’un bout à l’autre d’un Chennai idéal, plus propre, plus riche et moins bruyant, avec des maisons spacieuse meublèes à l’occidentale, de grandes avenues vides et les centres commerciaux les plus luxueux en point de mire. Sur 1h30 de film, on a eu droit à deux scènes de baston massives (genre film de kung-fu avec des bruitages énormes à chaque impact), deux scènes chantées (une pour présenter les personnages et l’autre, dans les alpes autrichiennes, quand Mahesh se rend compte qu’il est amoureux; oui, ici, le paysage alpin ça symbolise l’amour) et un duel au couteau. Quand même, je vous raconte le duel au couteau. Mahesh se balade avec un trophée d’une compétition de tir, dont je ne sais pas très bien s’il l’a gagné ou s’il l’a piqué au chef de la police, trophée qu’il a attaché sur le réservoir de sa moto, et comme il fait 80 cm de haut, ça ne passe pas inaperçu. Évidemment, tout le monde veut lui chaparder sn gros trophée, entre autres Krishna, dit “Jesus-Krishna”, une des belles gueules de l’école. À un moment, ça dégénère en duel au couteau, avec les deux jeunes coqs qui s’affrontent apparemment au premier sang, et les groopies qui font un cercle autour. Krishna a l’air doué, et il fait plusieurs estafilades dans le t-shirt de Mahesh, alors que ce dernier semble gesticuler pour rien. Mais soudain Krishna s’arrête, médusé, soulève son t-shirt intact et découvre plusieurs blessures. Mahesh, triomphant, enlève son t-shirt percé mais immaculé, passe le pouce sur son torse à l’endroit où devraient se trouver les blessures pour montrer qu’il n’a rien, récupère son trophée et part sur sa Honda, toujours torse nu. Il faut le voir pour le croire.

Donc, si un de mes seuls véritables amis (en fait, je pense surtout à Arnaud) peut voir sur le dos de la mule si ça se trouve, et si possible avec des sous-titres compréhensibles, je pense qu’il y a moyen de passer une bonne soirée avec ça. Sinon j’essaierai de trouver le DVD à sa sortie.

Dimanche 12 février 2006

Le royaume des corbeaux

Classé dans : Non classé — polaris @ 17:50

S’il y a un animal omniprésent dans la région, c’est le corbeau. Enfin, moi je dis corbeau, c’est faute de mieux, il faudrait un ornithologue valable pour qualifier la créature . Ceux qui regardent de temps en temps mes photos sur Flickr ont dû remarquer quelques-uns de ces volatiles noirs. En bord de mer, ils sont aussi nombreux que les mouettes bretonnes (avant qu’on ne les extermine parce qu’elles dérangeaient les touristes), tenant compagnie aux pêcheurs. En ville ils prospèrent sur les ordures, perchent dans les arbres des jardins publics, chapardent aux étalages des marchands de fruit, tiennent des colloques au fronton des bâtiments historiques. À la campagne ils cohabitent paisiblement avec les vaches qu’ils débarassent de leurs parasites, accompagnent les véhicules qui sillonent les routes, squattent les lignes téléphoniques.

À tel point que ça devient surprenant de voir d’autres oiseaux. Pour tout dire, ça ne m’est arrivé que trois fois: au musée gouvernemental, où il y avait des bêtes pigeons pas exotiques pour deux sous, dans la cour de mon voisin où j’ai vu passer une famille de volatiles, genre avec des plumes, pour le nom vous repasserez, et tout à l’heure sur mon papailler, un pivert. Tiens en parlant du Government Museum, note sur les tarifs: indiens – 15 roupies, autres – 250 roupies. Ok, ça fait l’entrée du musée à 5 euros (contre 30 centimes pour les indigènes), mais c’est pas parce que j’ai la peau blanche qu’il faut se croire obligé de m’éventrer à la première occasion. Je veux bien qu’on me taxe sur le soupçon qu’éventuellement je pourrais gagner plus qu’eux (ce qui ne sera vraisemblablement pas le cas), mais là on applique un facteur inquiétant, quand même.

Avec tout ça, je me suis éloigné de mes corbeaux. Pour tout vous dire, je crois que ça les fait bien marrer. Ils se marrent tous les soirs dans le petit bois derrière chez moi. Le corbeau indien est rieur.

Samedi 11 février 2006

Back online

Classé dans : Non classé — polaris @ 10:12

Il aura fallu le temps, mais ça y est, je suis de retour en ligne. Pour les techniciens que ça intéresse, connection permanente 256kb/s par cable (coaxial) avec adresse IP fixe, limitée à 1.5 GiB de download, upload illimité (merci pour Flickr), le tout pour une dizaine d’euros par mois. On peut faire sauter la limite en doublant le tarif, mais là dans l’immédiat c’était pas essentiel, même si je sens que le giga et demi va très vite sembler tout petit. Là, je vois que vous vous dites “ah, il a été raisonnable, il a pris une petite connexion bon marché”, en fait pas vraiment. Je pouvais avoir 4 fois moins bien pour 2 fois moins cher, ou alors 2 fois mieux pour 20 fois plus cher. Et pour aller taquiner les connections à plusieurs méga comme ce qu’on a en France, il faut signer des contrats Premium à plusieurs milliers d’euros par an. Donc en fait, j’ai surtout pris ce qu’il y avait…

Évidemment, avec le petit routeur sans fil que j’avais acheté avant de partir, la maison s’est transformée en hotspot wifi 20 minutes après le passage du technicien, ce qui fait que je peux taper ce billet tranquillement assis sur ma terrasse, à l’ombre des cocotiers, en sirotant du jus de goyave. Ça ne me rend pas plus beau, mais toujours en termes techniques, ça déchire  grave.

Mes recherches se poursuivent, avec certaines négociations passablement hilarantes (“Rentrez en France valider votre visa, et à votre retour nous discuterons plus en détail les termes de notre accord”) et des rendez-vous cruciaux qui se font attendre (“Le responsable aurait dû arriver hier, mais finalement il est reparti sur Delhi, il ne sera là que la semaine prochaine”). J’essaye de garder un maximum de choses en mains pour porter l’estocade dés que Valia aura eu son entretien téléphonique avec la directrice de son école, ce qui ne devrait pas tarder.

Pendant ce temps, en France, ma petite famille grelotte (courage les filles, c’est bientôt fini), mes amis se débattent dans des soucis divers et variés, et je finis par me rendre compte que je suis vraiment loin d’eux, maintenant. C’est aussi pour ça que le rétablissement de ce pont numérique entre nous me ravit. Ça ne veut pas dire que je vais écrire plus, ça veut dire que je peux, c’est déjà beaucoup.

Mercredi 1 février 2006

Acclimatation

Classé dans : En Vrac — polaris @ 7:02

Deux semaines sont passées dans un souffle. Les journées sont longues, mais le temps passe vite, entre autres parce que les transports sont lents. Les indiens sont travailleurs, ils font des heures invraisemblables pour des tarifs de misère, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas très productifs, et pas à cheval sur leurs engagements: il a fallu 4 jours au propriétaire pour faire installer 3 ventilateurs qui devaient être là “demain”, 2 heures au marchand d’eau pour me livrer une bonbonne de 20 litres censée arriver “dans 10 minutes”.

Et encore, je m’en sors bien, j’ai un jeune voisin cosmopolite, Shiva, qui a travaillé à Dubai et m’aide prodigieusement: il parle tamoul avec les ouvriers envoyés par le propriétaire, ouvriers dont l’anglais est souvent très approximatif, mais aussi avec les commerçants ou avec les particuliers qui vendent du matériel d’occasion. Petit à petit, je rajoute de brindilles à mon nouveau nid, de quoi cuisiner un salon, un frigo, de quoi boire et prendre le petit déjeuner. J’y dors depuis une petite semaine, sur un matelas pour l’instant, et je tente de convaincre les fourmis que maintenant, c’est ma maison. Ca fait une grande maison, d’ailleurs, à habiter tout seul, j’espère que le grand scandinave niçois qui parle de venir nous voir va s’y tenir et y occuper un peu d’espace le temps que mes oisillons rappliquent.

En cours, les inscriptions scolaires et plusieurs entretiens de travail.

Une araignée au plafond

Classé dans : Non classé — polaris @ 6:56

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L’autre soir, pour ma première nuit chez moi, j’avais une araignée au plafond. Je veux dire, une vraie araignée au vrai plafond, comme sur la photo. Elle est sortie de je ne sais où quand j’ai allumé le ventilateur, et est venue se poser pile au-dessus de l’endroit où j’avais prévu de mettre mon matelas. Du coup, même pas impressioné, j’ai mis le matelas ailleurs, histoire de ne pas m’endormir avec cette araignée de Damoclès au-dessus de la tête. Parce que ça ne se voit pas sur la photo, mais pattes incluses, elle fait à peu près la taille de ma paume.

Je réfléchis un peu, je me dis qu’elle a plus de chances de s’en prendre aux petits insectes qu’à moi, et que tant qu’elle me fiche la paix, je dois pouvoir en faire autant. J’éteins la lumière, 10 minutes plus tard elle est en train de ramper sur ma tête, sans doute pour développer des rapports de bon voisinage. Je crois que c’est à ce moment que j’ai décidé que dans cette maison, la discrétion et une capacité à rester hors de mon chemin seront des facteurs de sélection naturelle pour les insectes. L’araignée ayant échoué suivant ces deux critères, elle a été naturellement désélectionnée.

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